Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

C’est grâce à un rock punk simple mais engagé politiquement que die Toten Hose s’est assuré un succès toujours grandissant au cours de leurs trente années de scènes. La popularité du groupe dépasse largement l’extrême gauche. Leur aptitude à se renouveler avec simplement trois accords leur a même permis de s’assurer des fans à travers plusieurs générations, de vendre des millions d’albums et de s’assurer plusieurs fois la tête du hit parade. Et le succès et tout sauf immérité.

La légende raconte que les cinq jeunes hommes se sont rencontrés à Düsseldorf, septième plus grande ville d’Allemagne (située dans la Ruhr), qu’ils ont fondé un groupe, donné des concerts, sortis des albums et seulement après, appris à jouer de leurs instruments.

Comme trois des membres du groupe portent le prénom Andreas, ils se décidèrent à adopter des pseudos. Ainsi, Andreas Frege au chant s’appelle désormais Campino, Michael Breitkopf à la guitare se fait appeler Breiti, Andreas von Holst également à la guitare se prénomme Kuddel, Andreas Meurer à la basse hérite du sobriquet Andi et Wolfgang Rohde batteur répond au diminutif Wölli.

De 1983 à 1986, avec les albums Opel-Gang, Unter falscher Flagge et Damenwahl, ils se font d’abord connaître dans la scène punk allemande avec des chansons aux textes plutôt drôles. Puis, avec Never Mind The Hosen – Here’s Die Roten Rosen (1987) qui reprend d’anciens tubes, ils font leur entrée dans le classement des meilleures ventes. Dès lors tout va très vite et les choses deviennent plus sérieuses et ambitieuses. C’est en particulier le cas à partir de Ein Kleines Bisschen Horrorschau (1988) qui s’inspire du roman L’Orange mécanique d’Anthony Burgess (c’est sur cet album que l’on trouve Hier kommt Alex régulièrement chanté en concert, aujourd’hui encore).

In einer Welt, in der man nur noch lebtDans un monde où l’on ne vit
Damit man täglich roboten gehtChaque jour que pour côtoyer des robots
Ist die größte Aufregung, die es noch gibtLes grands événements qu’ils nous restent
Das allabendliche Fernsehbildsont, tous les soirs, à la télévision
Jeder Mensch lebt wie ein UhrwerkChaque homme vit comme une horloge
Wie ein Computer programmiertComme un ordinateur programmé
Es gibt keinen, der sich dagegen wehrtPersonnes ne s’y oppose
Nur ein paar Jugendliche sind frustriertSeuls quelques jeunes sont frustrés

La compilation qui sort ensuite, Auf dem Kreuzzug ins Glück (1990), se place pour la première fois en tête des ventes.

Entre 1982 et 1997, les Toten Hosen donnent mille concerts. Qu’ils chauffent la salle pour U2 et les Rolling Stones, ou qu’ils soient les rois de la soirée, leurs concerts sont inoubliables.

C’est pourquoi le concert du 28 juin 1997, fêtant les 15 ans du groupe dans le stade de Düsseldorf, devait être un moment magique ; il s’est finalement transformé en tragédie lorsqu’une jeune néerlandaise est décédée dans la cohue des 60 000 fans. Le groupe continue de jouer pour éviter la panique mais, par la suite, annule tous ses concerts.

Après s’être remis du choc, ils reviennent doucement en commençant une tournée à l’autre bout du monde, sur des festivals en Australie. En Allemagne, leurs premiers concerts sont annoncés sous le nom Die Roten Rosen, pseudonyme qu’ils avaient déjà utilisés en 1987.

Le groupe continue d’aligner les albums. Ainsi sort en 2002 Auswärtsspiel et un best of Reich & sexy II. Puis, en 2004, Zurück zum Glück est publié.

Finalement, après un concert unplugged en 2005, le groupe prend un peu de vacances, jusqu’en 2007, année où se déroule le sommet du G8 en Allemagne.

Le groupe, proche d’Oxfam, ONG qui aigit contre les injustices et la pauvreté, profite de l’événement pour communiquer sur les conséquences de la mondialisation sur les pays pauvres et le climat.

En 2008, Campino est contacté par Wim Wenders pour tenir le rôle principal de Rendez-vous à Palerme, film présenté à Cannes la même année. Le chanteur joue aux côtés de Dennis Hopper.

Die Toten Hosen revient à la scène pour une série de concerts qui, à chaque fois, se jouent à guichets fermés. Le groupe fête alors ses 25 ans mais il n’est pas question de prendre sa retraite, même lorsque Campino se casse une jambe. Malgré son plâtre il enflamme Hambourg, Berlin et le festival Rock am Ring.

En 2008 sort le nouvel album, In aller Stille. S’en suit une tournée qui mène le groupe en Amérique du Sud et en Asie centrale.

En 2012 est publié l’album Ballast der Republik (le poids mort de la république) après une nouvelle compilation (All die ganzen Jahren) en 2011. L’album est un succès dans les pays germanophones et se retrouvent en première place des listes allemandes, suisses et autrichiennes.

Arrive alors le point culminant de la carrière du groupe avec la chanson « Tage Wie Diese » qui devient le hit de l’été 2012. Aujourd’hui, c’est l’une des chansons les plus jouées lors des enterrements. Bien qu’il ne s’agit plus vraiment de punk rock, la chanson, un hymne à la nostalgie, ne trahit en rien les origines du groupe puisqu’elle évoque l’euphorie avant d’entrer en scène.

La tournée fêtant les 30 ans de la bande commence en avril 2012 au Bremer Schlachthof et se poursuit jusqu’en mai dans des petites salles. En septembre, le groupe se rend en Argentine avant de commencer une nouvelle tournée dans les pays germanophones en novembre, comme d’habitude, à guichets fermés. L’ensemble a été immortalisé dans la vidéo Der Krach Der Republik (le vacarme de la république).

Le 25 avril 2016, à la suite d’un cancer, Wolfgang « Wölli » Rohde, batteur, décède.

Le groupe n’arrête pas pour autant et les vers d’une des chansons de leur album de 1986 Damenwahl sont toujours d’actualité :

Solange Johnny Thunders lebtTant que vivra Johnny Thunders
solange bleib ich ein PunkJe resterai punk
solange es was zu trinken gibtTant qu’il y aura de quoi boire
dauern alle unsere Feste an.Nos fêtes continueront

Et ce, même si Johnny Thunders, guitariste des New York Dolls, l’un des premiers groupes punks, est décédé le 23 avril 1991.

Ainsi sort en 2017, Laune der Natur, le seizième album du groupe. Plus mature que les précédents, il ne traite plus de bière, de fête et de révolution mais plutôt de la mort, de la perte et des relations humaines. C’est un album mélancolique pour des musiciens quinquagénaires qui ont déjà eu à subir plusieurs pertes et qui ont une bonne partie de leur vie derrière eux.

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