Tocotronic : sur le chemin du crépuscule

Aux débuts des années 90, Tocotronic est le principal acteur de l’école hambourgeoise, un mouvement culturel qui a profondément marqué la décennie en imposant la langue allemande dans un rock alternatif fortement intellectualisé et aux considérations politiques ancrées à gauche. Aujourd’hui, avec sa musique mélancolique aux textes introspectifs et révoltés, Tocotronic est l’un des groupes phare du rock allemand.

Tocotronic se forme en 1993. Le nom du groupe s’inspire d’une console de jeu japonaise, ancêtre du Game Boy : le Tricotronic. Le trio est composé de Dirk von Lowtzow (chant et guitare), Jan Müller (basse) et Arne Zank (batterie). Leur musique s’inscrit dans le courant punk.

En 1994, le groupe commence à se produire sur la scène underground d’Hambourg où il est vite remarqué. La même année est produit, sous leur propre label, leur premier single, Meine Freundin und ihr Freund (mon amie et son ami). L’année suivante sort leur premier album : Digital ist besser (le digital, c’est mieux) chez L’âge d’or où ils sont soutenus par Jochen Distelmeyer, chanteur de Blumfeld, autre groupe phare de l’époque. S’ensuit une tournée en Allemagne, Autriche et Suisse.

La popularité du groupe augmente, portée par une musique grunge mélancolique parfaitement adaptée à l’époque. Les textes, surtout, font mouche. Ils touchent les problématiques jeunes (Ich möchte Teil einer Jugendbewegung sein : je voudrais faire partie d’un mouvement de jeunes). Il y aussi une identité visuelle marquante (veste de survêtement, pantalon de velours et raie sur le côté dans les cheveux). Déjà un fan club naît : Megatronic. C’est le début d’un phénomène aux accents de groupes britanniques. La presse et le grand public sont d’accord et voient en Tocotronic un groupe capable de retranscrire les problèmes de la jeunesse de l’époque.

Quelques mois après la sortie du premier album se présente déjà le suivant : Nach der verlorenen Zeit (après le temps perdu).

Le troisième album sort en 1996. Wir kommen um uns zu beschweren (nous venons pour nous plaindre) est le premier album du label L’âge d’or à atteindre les premières places de classement allemand des ventes. Le groupe part à nouveau en tournée mais cette fois-ci dans des salles de concert plus grandes. Les Tocos reçoivent également un prix dans la catégorie « jeune, allemand et en route pour les sommets » qu’ils rejettent en expliquant qu’ils ne sont ni fiers d’être jeunes ni fiers d’être allemands.

En 1997 sort le quatrième album enregistré en France aux studios Black Box à Angers qui a vu passer des groupes comme Les Sheriff, Les Thugs, Parabellum ou les Wampas. Es ist egal, aber (c’est égal, mais) montre un léger changement de style avec l’apparition dans la musique de sons électroniques et de cordes, ainsi que des textes plus légers. Le groupe a en outre assuré deux concerts pour Wildwasser e.V., association pour les victimes de violence sexuelle.

Invité au festival danois Roskilde, le groupe entame ensuite une longue tournée dans les pays germanophones avant de se produire l’année suivante aux USA, dans la foulée de la sortie du cinquième album.

Avec K.O.O.K, le son du groupe continue à se développer : les textes sont plus imagés et la musique plus introspective. Dès lors, chaque album apparaîtra dans le top 10 des ventes.

La tournée qui suit fait l’objet d’un journal de bord publié sous la forme d’un livre. Écrit par Thees Uhlmann, alors chanteur du groupe Tomte et manager de Tocotronic, Wir könnten Freunde werden (nous pourrions devenir amis) propose un portrait de la vie d’un groupe de rock en tournée, avec ses surprises et ses clichés.

Après la sortie d’un album remixé en 2000 paraît le sixième album en 2002. Ce nouvel album porte le nom du groupe pour fêter ses dix années d’existence. À cette occasion, l’américain Rick McPhail, qui accompagnait le groupe depuis 2000 sur les concerts en jouant au synthé, devient le quatrième Tocos. Son influence est évidente et l’album divise les fans qui regrettent des textes moins introspectifs et une musique plus rock. En revanche, la critique est unanime et jubile devant l’évolution constante de Tocotronic.

La veille du 8 mai 2005, date anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, Tocotronic se produit lors de l’évènement organisé par des mouvements de gauche Deutschland, du Opfer (Allemagne, toi victime).

En 2005 sort le septième album intitulé Pure Vernunft darf niemals siegen (la raison pure ne doit jamais vaincre) qui atteint la troisième place des charts. Place qu’il conservera neuf semaines durant.

Kapitulation est produit en 2007 par Universal car le label L’âge d’or n’existe plus. On assiste à un léger retour aux sources grâce à des textes à nouveau introspectifs et en colère (Ich habe Stimmen Gehört : j’ai entendu des voix). À cette occasion, le groupe participe à la campagne contre le sommet du G8 en juin 2007 et remixe sa chanson Aber hier leben, nein danke! (mais vivre ici, non merci !)

Schall & Wahn (Le bruit et la fureur, également le titre d’un roman de William Faulkner) paraît en 2010. Produit à Berlin, l’album clôt une trilogie en hommage à celle de David Bowie.

Avec ce neuvième album, Tocotronic se hisse à la première place des ventes. Comme à chaque fois, l’album bénéficie d’un excellent accueil critique.

Début 2013 sort le dixième album, enregistré de manière analogique. Wie wir leben wollen (vivre comme nous le voulons) s’oriente musicalement vers New Order, The Cure et The Smiths tandis que les paroles de Dirk von Lowtzow s’intéressent à d’autres thématiques comme l’amour.

Le 1er mai 2015 sort le onzième album de Tocotronic. Il n’a pas été baptisé par le groupe mais est habituellement désigné par Das rote Album (l’album rouge) en raison de sa couverture intégralement rouge. L’amour est le leitmotiv qui traverse toutes les chansons de l’album.

À partir de 2015, Tocotronic soutient l’organisation Pro-Asyl qui défend les droits des réfugiées en Allemagne et en Europe.

En janvier 2018 sort le douzième album : Die Unendlichkeit (l’éternité) à l’occasion duquel le groupe continue d’évoluer vers un style de plus en plus varié avec des instruments à vent, un xylophon, etc. Les textes, quant à eux, sont très personnels puisqu’il s’agit d’un album biographique.

Après avoir trouvé rapidement un style et une recette à succès, Tocotronic aurait pu livrer encore et encore le même refrain. À la place, les Tocos ont préféré prendre des risques. Et malgré de nombreuses ruptures dans son style et sa musique, Tocotronic a su conserver sa personnalité. Cette constance a permis au groupe de continuellement évoluer et se renouveler en gardant ce qui faisait son identité.

Playlist Tocotronic :

Share
Pour marque-pages : Permaliens.