Liste de lecture Rocklauter de novembre

Chaque mois impair, nous vous présentons une liste de lecture composée de 20 titres sélectionnés par notre équipe. Ainsi, nous partageons avec vous des morceaux anciens ou récents que nous écoutons en ce moment, et que nous n’avons pas forcément encore pu évoquer sur le site.

Ce mois-ci, nous vous proposons une liste de lecture composée par Casper, Madsen, Die Nerven…

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Le rock inspiré de Razz

Nouveau venu sur la scène allemande avec leur album With your hands will conquer, Razz produit un mélange expérimental de rock alternatif et indépendant, tout en combinant garage rock, rock ’n’ roll et blues rock. Souvent, ils sont comparés à Kings of Leon, Editors, Interpol, mais pas seulement. Leur premier album sorti en 2015 évoque à la fois la fraîcheur des débuts de Mando Diao et s’inspire du meilleur de Two Door Cinema Club.

Un album nerveux

Black Feathers, ouvre l’album avec des riffs minimalistes. Quant à la voix de Niklas Keiser, elle nous saisit immédiatement.

Sans que jamais ne baisse le rythme s’enchaînent 1953 – Hilary, I’ll be your ghost, Blink Of an Eye, Turning Shadows ainsi que Gigantic Windows et son joli final (“Wake up little boy, You’ve run too fast”). Chaque morceau s’appuie sur un refrain entraînant et une guitare mélodique.

Rising Tide est la première chanson à atténuer le rythme, mais après l’intro, le morceau repart de plus belle avec de jolis passages (« I keep on running from you, heading for spaces ») avant de s’achever sur un final qui fait honneur au rock.

Ember & Dust ensuite est peut-être la chanson la plus faible. La déception est cependant vite surmontée avec Youth & Enjoyment, le petit chef-d’œuvre de l’album et le morceau le plus apprécié des fans.

Suivent alors l’excellent Broken Gold et son rock teinté de blues, ainsi que Postlude, morceau qui démontre à lui tout seul les capacités des quatre garçons. L’album se termine avec la seule ballade, The Blood Engine qui ouvre les concerts du groupe.

Solidité et constance

Du début à la fin, With your hands will conquer est un album simple, direct et plein d’émotions, de bonne tenue, du premier au dernier morceau. Nos rockeurs venant du Pays d’Ems, coin d’Allemagne du Nord frontalier avec les Pays-Bas, n’ont peut-être rien inventé. Quoi qu’il en soit, du haut de leur vingt ans, ils parviennent à nous offrir du Coldplay et du Two Door Cinema Club de bon aloi, un exploit que ces derniers eux-mêmes n’arrivent plus à reproduire. Tous les titres sont a minima très bons, et au moins l’un d’entre eux, Youth & enjoyment pour ne pas le citer, a l’envergure d’un hit.

Un début intéressant

Alors que la plupart des jeunes attendent patiemment de passer le Bac, Niklas Keiser (chanteur), Steffen Pott (batteur), Christian Knippen (guitare) et Lukas Bruns (bass) se sont décidés dès 15 et 16 ans à monter leur groupe de rock.

Razz a débuté en participant à plusieurs concours organisés par des radios de jeunes. Au cours de ces concours, leur chanson Turning Shadows leur permis de remporter plusieurs fois le gros lot. Forts de ce début encourageant, les membres de Razz se sont attaqués aux festivals durant l’été 2014. Là, ils reçurent un accueil tout aussi chaleureux avant d’assurer la première partie de Kraftklub durant la tournée Randale en 2015.

En concert, Razz fait preuve d’une réserve et d’une timidité probablement dues au jeune âge des protagonistes. On a l’impression d’avoir affaire à des gamins, cependant dès qu’ils jouent, l’auditoire est conquis par la qualité de leur musique, minimaliste mais propre. Leurs chansons parlent d’amour, de jeunesse et de colère. La musique s’avère colorée de nombreuses influences mais la voix chaude et grave de Niklas Keiser assure la différence.

La suite, bientôt

Avec With your hands will conquer, Razz cherche son style, sa personnalité. À la fin de l’écoute, on ne peut que constater qu’ils sont sur le bon chemin. Il semble assez évident que nous tenons ici un groupe prometteur qui devrait faire honneur à la scène musicale indépendante allemande. Le second album est prévu en 2016.

 

Tracklist
1. Black Feathers
2. 1953 – Hillary
3. I’ll Be Your Ghost
4. Blink Of an Eye
5. Turning Shadows
6. Gigantic Windows
7. Rising Tide
8. Ember & Dust
9. Youth & Enjoyment
10. Broken Gold
11. Postlude
12. The Blood Engine

 

Playlist Razz – :

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Schick Schock, le dernier album de Bilberbuch, les quatre jeunes Autrichiens qui ont conquis l’Allemagne

Bilderbuch est un groupe d’origine autrichienne formé en 2005, alors que les membres avaient entre 14 et 15 ans. Leur musique s’inspire principalement de hip-hop, tout en flirtant régulièrement avec le rock alternatif, en particulier depuis leur dernier album : Schick Schock.

L’album s’ouvre avec « Willkommen im Dschungel » (Bienvenue dans la jungle). Guitare, batterie, rythmique rock… Le ton est donné. Contrairement à Frittenbude qui est également un groupe rap, Bilderbuch livre un rock clairement plus rock que pop.

Dans « Feinste Seide », le groupe propose des bruits étranges et non conventionnels, relayés par la voix de Maurice Ernst qui aboie, parle, chante. C’est déroutant mais ça fonctionne très bien ; et c’est surtout très sexy, comme le sera d’ailleurs la quasi-totalité de l’album.

Le clip de la chanson « Maschin » fait partie des 10 meilleurs clips au monde selon le Miami International Film Festival qui a été impressionné par la maestria avec laquelle le mouvement y est représenté.

Le clip de la chanson « Maschin » fait partie des 10 meilleurs clips au monde selon le Miami International Film Festival qui a été impressionné par la maestria avec laquelle le mouvement y est représenté.

Avec « Spliff », le groupe verse dans le funk, mais les riffs de guitare sont de nouveau à l’honneur avec la chanson suivante qui a donné son titre à l’album. « Schick Schock » fonctionne, malgré ses riffs et ses synthés. Le texte qui ne fait pas de demi-mesure commence comme ça :

Sag es laut !
Dis-le tout haut !

Du bis hinter meinem Hinern Her !
C’est mes fesses que tu cherches !

Sag es laut, jaul es raus, gib es zu !
Dis-le tout haut, aboie-le, avoue-le !

Du bis hinter meinem Hinern Her !
C’est mes fesses que tu cherches !

Ich spür’s in deinen Fingern
Je le sens dans tes doigts

Du bis hinter meinem Hinern Her !
C’est mes fesses que tu cherches !

Sag es laut, jaul es raus, gib es zu !
Dis-le tout haut, aboie-le, avoue-le !

Hey ! (schick schock)

Le 10 janvier 2016, le groupe a annoncé une pause créative, après avoir tourné près de douze mois dans les salles et les festivals.

Le 10 janvier 2016, le groupe a annoncé une pause créative, après avoir tourné près de douze mois dans les salles et les festivals.

On peut le constater, Bilderbuch ne se prend pas au sérieux comme en atteste le look cocasse du chanteur Maurice Ernst.

Plus délicat, tout en nuances et carrément érotique, s’avère l’hymne que Bilderbuch chante à la gloire des boissons gazeuses (Coca-Cola, Fanta, Sprite, 7up, Pepsi, etc). « Softdrink » utilise le hip-hop comme véhicule pour nous faire sentir l’été, les bulles qui coulent le long de la canette, la capsule qu’on décapsule…

Arrive ensuite ce qui fut le gros hit du groupe en 2013, « Maschin », sorti avant l’album et qui a fait danser tout le monde.

Après Schoenwetter Schallplatten en 2009 et Die Pest en 2011, Schick Schock est le troisième album de Bilderbuch et le premier à devenir disque de platine.

Après Schoenwetter Schallplatten en 2009 et Die Pest en 2011, Schick Schock est le troisième album de Bilderbuch et le premier à devenir disque de platine.

Lascivité et sensualité reviennent avec « Barry Manilow », un entracte avant un nouveau morceau presque rock : « Rosen Zum Plafond » qui utilise la flûte de pan pour accompagner du rap. Suit « Plansch », cette fois-ci clairement rock.

« Gigolo » introduit du disco funk tout droit sorti des années 80 dans l’album qui se termine juste après avec une fausse ballade, « Gibraltar ».

Alors que l’album débutait en nous souhaitant la bienvenue avec « Willkommen im Dschungel », il se clôt  par « Es ist aus, dafür Applaus ». Littéralement : C’est fini, on applaudit, que l’on peut aussi bien entendre comme une autocongratulation que comme un soulagement. Soyons sérieux, Schick Schock est un album cohérent, sans aucun morceau de trop. Les textes ne sont pas « éclairants » mais a minima poétiques. Ces textes, ainsi que la musique originale et exigeante font de cet album un indispensable.

Tracklist :
1. Willkommen im Dschungel
2. Feinste Seide
3. OM
4. Spliff
5. Schick Schock
6. Softdrink
7. Maschin
8. Barry Manilow
9. Rosen zum Plafond (Besser Wenn Du Gehst)
10. Plansch
11. Gigolo
12. Gibraltar

Playlist Schick Schock :

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Sippenhaft, le quatrième album de Herrenmagazin

Herremagagazin : Deniz Jaspersen (chant et guitare), König Wilhelmsburg (guitare), Paul Konopacka (chant et basse) und Rasmus Engler (batterie)

Herremagagazin : Deniz Jaspersen (chant et guitare), König Wilhelmsburg (guitare), Paul Konopacka (chant et basse) und Rasmus Engler (batterie)

Lepremier album sonnait clairement rock mais depuis le groupe a évolué vers un autre style, plus pop.En faisant intervenir plus d’acoustique, ainsi qu’en laissant une plus grande place au piano, ils ont acquis un style personnel qui leur permet de trouver dans la scène rock allemande une place à part et bien à eux.

« Ehrenwort », qui ouvre l’album est d’ailleurs une chanson sans guitare. Quoi qu’il en soit, si la musique n’agresse pas l’auditoire, les textes de Deniz Jaspersen n’en sont pas mielleux pour autant. Clairement, les textes ne laissent pas indifférents, en particulier pour une chanson qui parle du mariage :

Was habe ich mir nur vorgemacht, als ich vom freien Leben sprach?

Denn bei jedem kleinen Schritt beurteilst du die Dinge mit.

Qu’est-ce que j’ai cru lorsque je parlais de liberté ?

Car à chaque pas que je fais, tu me juges.

 

Après « Halbes Herz », plus rythmée et peut-être la plus belle chanson de l’album, arrive « Alles so bekannt », toujours aussi « dynamique », et pleine de désillusion :

Will keine Gläser heben, ich schlage keine Hand.

Die Zeichen, die sie geben sind alle so bekannt.

Es ist kein Meer der Weisheit, sondern der Beckenrand.

Das ist dein eigener Kleingeist und alles so bekannt.

Je ne veux pas lever de verre, je ne frappe aucune main.

Les signes sont tous tellement connus.

Ce n’est pas une mer de sagesse, mais le bord du bassin.

C’est ton esprit borné et tout est déjà connu.

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Le calme revient avec la chanson « Sippenhaft » qui a donné son nom à l’album. Le piano et la basse sont mis en avant, les accords de guitares électriques assoient une atmosphère légère. Quant aux percussions, elles se font discrètes. Et à l’instar d’autres chansons, les paroles qui abordent une nouvelle fois la famille sont particulièrement percutantes :

In meinen Gesten, meinem Blick. In meinen Leistungen und bei jedem Missgeschick sitzt du mir im Genick. […] Wo wurde ich da nur reingeboren? Was hat mich nur her verschlagen?

Quels que soient mes gestes, mon regard, mes réussites et mes erreurs, tu es accroché à ma nuque (…) Où suis-je né ? Qu’est-ce qui m’a amené ici ?

 

Avec « Gärten », l’album continue sur une chanson plus légère avant de nous inviter à danser avec « Zum Teufel » et surtout « Es reißt mich zusammen ».

Morceaux plus calmes sur la forme, « Wir bluten aus » et « Käferlicht » se distinguent néanmoins des autres chansons avec des paroles plus intenses et pleines d’émotion.

Wir bluten aus und sind nur für den Staub bestimmt.

Nous nous vidons de notre sang et ne sommes destinés qu’à la poussière.

 

« Zwischen den Tätern » redonne du rythme en alternant des moments calmes et d’autres plus agités, avant que « Bis du mir glaubst » termine l’album sur une chanson à nouveau apaisante, mais cependant mélancolique, en décrivant à la perfection un mensonge en suspens :

Wenn du mich fragst, dann war ich nie da. ,Ach was weiß ich, was weiß der Wind! Was ist denn daran jetzt noch unklar? Oh ich weiß doch, dass es stimmt. Bis du mir glaubst, glaub’ ich es auch. Ich weiß doch auch nur so viel, wie du wissen brauchst.

Si tu me demandes, alors je n’ai jamais été là. Qu’en sais-je, que sait le vent ! Qu’est-ce qu’il reste encore à comprendre ? Oh mais je sais que c’est vrai. Jusqu’à ce que tu me croies, j’y crois aussi. J’en sais juste assez pour ce que tu as besoin de savoir.

 

Influencés par le punk à leur début, les membres de Herrenmagazin confirment avec Sippenhaft la direction qu’ils prenaient à partir de leur second album, à savoir un son plus calme, moins agressif. Ceci dit, il n’y a pas de quoi s’inquiéter car la qualité est au rendez-vous. L’écoute musicale s’avère vraiment très agréable et Deniz Jaspersen, qui écrit les paroles, se révèle un excellent conteur.

 

 

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Küken des Orion, Le rap pop et rock de Frittenbude

Pour ce quatrième album, Küken des Orion, Frittenbude souhaitait faire de la techno un peu rude, presque punk. À la place, ils nous livrent du rap teinté de pop rock. Même si le groupe utilise encore beaucoup de sons fabriqués virtuellement grâce à l’ordinateur, guitare et batterie font malgré tout leur apparition sur l’album. Et même si leurs concerts continuent de ressembler à une immense rave party, un batteur les accompagne désormais sur scène.

 « C’est un album très personnel, mais à une époque où tout le monde est en quête de la même chose, chacun devrait s’y retrouver. » Johannes Rögner, leader du groupe

« C’est un album très personnel, mais à une époque où tout le monde est en quête de la même chose, chacun devrait s’y retrouver. » Johannes Rögner, leader du groupe

Depuis dix ans, Frittenbude fait de la musique qui parle à une génération qui se démène entre superficialité et insatisfaction, échecs récurrents et la volonté, malgré tout, de rester optimiste quant à son avenir. Dans ses chansons, Frittenbude loue l’hédonisme, la recherche du plaisir et surtout l’évitement du déplaisir. On le constate dans des morceaux comme Rave ist kein Hobby et So da wie noch nie où ils incitent à faire la fête, sans limite, jusqu’à en perdre la notion du temps.

Mais après l’euphorie arrive la désillusion. Les nombreux termes qui se contredisent dans la chanson Die Möglichkeit eines Lamas illustrent le fait que cette profusion de potentialités et d’opportunités qui nous sont offertes finissent par susciter de l’angoisse. Est-ce encore nous qui décidons ou sommes-nous victimes de l’illusion que tout est possible ?

En 2010, sur le festival Hurricane à Scheeßel, la prestation de Frittenbude dû être annulée pour raisons de sécurité tant l’affluence sous la tente s’est avérée plus importante que prévue.

En 2010, sur le festival Hurricane à Scheeßel, la prestation de Frittenbude dû être annulée pour raisons de sécurité tant l’affluence sous la tente s’est avérée plus importante que prévue.

La mélancolie qui berce l’album est renforcée par la présence de Dirk von Lowtzow et sa voix suave sur la chanson Was am Ende bleibt. Le leader de Tocotronic ici en guest-star symbolise parfaitement une certaine désillusion dans le rock allemand.

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Adam Angst, brutalité, cynisme et pas de compromis

Adam Angst2

Formé en 2014, le groupe Adam Angst a sorti son premier album le 20 février 2015 sous le label Grand Hotel van Cleef dont deux des fondateurs sont de véritables institutions du rock indépendant allemand : Marcus Wiebusch et Thees Uhlmann. Avec Adam Angst, son nouveau poulain, le label prouve une nouvelle fois qu’il fait dans la qualité.

Le leader du groupe est Felix Schönfuss, venu de l’ex-groupe Frau Potz. Avec Adam Angst, Felix Schönfuss vient avec le cœur empli de haine et nous propose onze chansons aux paroles saturées de rock alternatif.

Un groupe de punk rock, c’est clairement ce qu’est Adam Angst. Et ce qu’il a à dire, il le dit avec force et brutalité, avec cynisme, et sans compromis…

Un peu de rage ne fait pas forcément de mal, en particulier lorsque les paroles sont pertinentes, sincères et percutantes. Et jamais elles ne se limitent à des banalités en insultant bêtement et méchamment le système.

La rage de Felix Schönfuss s’abat sur la faiblesse humaine et sa propension à tourner lâchement le dos à toute morale. Contrairement à un groupe comme Turbostaat, dont la parole est obscure, avec Adam Angst on comprend très bien qui est montré du doigt sans qu’il soit nécessaire de le faire grossièrement.

L’album s’ouvre sur une chanson quasi épique annonçant la fin du monde : « Jesus Christus ».

Ihr habt mich ausgepeitscht,
Ihr habt mich angespuckt,
Mir Nägel durch die Glieder,
schlagen war euch nicht genug.
Ich habe abgewartet und mir das angesehen,
Jetzt komme ich zurück und bringe euch ein Problem,
Denn jetzt kommt die Revanche.

 

Vous m’avez fouetté,
vous m’avez craché dessus,
transpercé avec des clous.
M’asséner des coups ne vous a pas suffi.
J’ai attendu, observé.
Aujourd’hui je reviens et ça va vous poser un problème,
Car maintenant arrive ma revanche.

 

Schluss jetzt hier mit Friede Freude,
Jetzt wird bezahlt,
Denn euer Jesus hat die Schnauze voll,
Und hat Bock auf Gewalt.

 

Paix et joie, c’est fini,
Maintenant il va falloir payer,
Car votre Jésus en a ras-le-bol,
Et il est avide de violence.

Felix Schönfuss, chanteur, faisait également partie de Frau Potz, un groupe de punk rock d'Allemagne du Nord, fondé en 2007 et qui a donné son concert d’adieu en mai 2015.

Felix Schönfuss, chanteur, faisait également partie de Frau Potz, un groupe de punk rock d’Allemagne du Nord, fondé en 2007 et qui a donné son concert d’adieu en mai 2015.

Après cette chanson très dure s’ensuit un second tube baptisé « Ja, Ja ich weiß », qui traite d’une manière extrêmement pessimiste et cynique de la vie de couple.

La chanson suivante « Die Professoren » ne pouvait pas être plus d’actualité qu’en ce moment. En effet, elle traite de la condition des émigrés en Allemagne.

An den Imbissbuden stehen die Professoren,
Zwischen Currywurst,
Oettinger und Doppelkorn.
Sie wissen ganz genau was fehlt im Land,
Ich hab’ ‘nen Nazi am Geruch erkannt.
An den Imbissbuden stehen die Professoren,
Der Schweiß tritt ihnen aus den Poren.
Sie reden von den alten Werten,
Mit Schaschliksoße in den Bärten.

 

Au snack du coin se posent les professeurs.
Entre les saucisses au curry,
Oettinger et un schnaps.
Ils savent parfaitement ce qui ne va pas dans le pays,
et moi je reconnais l’odeur du nazi.
Au snack du coin se posent les professeurs.
La sueur transpire de leurs pores.
Ils parlent des vieilles valeurs
avec de la sauce à BBQ dans leur barbe.

Dans « Wunderbar », la chanson s’attache avec émotion à parler de l’individualisation et de l’échec dans notre monde régi par Internet et les médias sociaux.

Danke Youtube, Danke Microsoft.
Und danke Alkohol.
Großen Dank an das Sozialsystem,
Und an Tetrahydrocanabinol.
Der Briefkasten voll.
Der Kühlschrank leer.
Die Nachbarn könnten denken, du lebst nicht mehr.
Doch sie würden über deine Leiche gehen,
Denn auch sie haben gelernt nicht hinzuseh’n

 

Merci Youtube, merci Microsoft
Et merci à l’alcool.
Un grand merci au système social,
et au THC.
La boîte aux lettres est pleine.
Le frigo vide.
Les voisins pourraient croire que tu ne vis plus.
Mais cela ne les empêcherait pas de marcher sur ton cadavre
car eux aussi ont appris à ne plus regarder.

Ainsi, on voit qu’Adam Angst brosse un portrait très pessimiste de notre société. Tous les sujets y passent, la télé réalité ne pouvait bien évidemment pas échapper à la plume critique du groupe.

Sie kommen in Scharen und vergiften den Verstand.
Also lauft um euer Leben, lauft um euer Leben.
Mit der Kamera im Anschlag stellen sie euch an die Wand
und es macht “ Cut, Cut, Cut! ”,
denn neue Versager braucht das Land.
Der Makel anderer Menschen war schon immer amüsant.

 

Ils viennent en masse et empoisonnent la raison.
Alors courrez pour votre vie, courrez pour votre vie.
Ils vous poussent contre le mur avec leur caméra
et ça fait  » Coupez, coupez, Coupez ! « ,
car le pays a besoin de nouveaux losers.
La faiblesse des uns a toujours amusé les autres.

Le label indépendant Grand Hotel van Cleef basé à St. Pauli, un quartier de Hambourg, a été créé en 2002 par Thees Uhlmann du groupe Tomte, ainsi que Marcus Wiebusch et Reimer Bustorff du groupe Kettcar

Le label indépendant Grand Hotel van Cleef basé à St. Pauli, un quartier de Hambourg, a été créé en 2002 par Thees Uhlmann du groupe Tomte, ainsi que Marcus Wiebusch et Reimer Bustorff du groupe Kettcar

Felix Schönfuss n’hésite pas non plus à porter la critique sur lui-même. Dans « Was der Teulel sagt », les situations parleront à chacun de nous, voire nous rappelleront des souvenirs :

Ich möchte jetzt am liebsten einfach auf den Tisch steigen
und dir deine blöde Pampe durch’s Gesicht reiben.
Doch der Geist ist willig, nur das Fleisch ist schwach.
Hör doch einmal nur auf das, was der Teufel sagt.
Wie oft stelle ich mir vor, es einfach mal zu tun,
doch ich bleibe ein Idiot und sag nur: “ Oh, echt? Cool. ”

 

Ce qui me ferait le plus plaisir, ce serait de monter sur la table,
et de te tartiner le visage avec ta stupide bouillie.
Mais si l’esprit est plein d’ardeur, la chair, elle, est faible.
Si seulement j’écoutais ne serait-ce qu’une fois les conseils du Diable
À chaque fois, je m’imagine le faire
Mais à la place, je reste là comme un idiot et je réponds :  » Oh, vraiment ? Cool. « 

Presque un véritable hymne, la chanson « Splitter von Granaten » apparaît comme un défouloir pour Felix Schönfuss qui y déverse toute son amère déception du monde.

Le pessimisme des paroles transparaîtra jusque dans la dernière chanson, « Altar », montrant au public une image sordide des relations entre les gens.

Grâce à la pertinence de ses paroles et à la formidable voix de Felix Schönfuss , Adam Angst fait partie des groupes de rock allemands clairement prometteurs.

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23 singles et autant de hits signés Beatsteaks

Beatsteaks - le groupe au complet

Beatsteaks – le groupe au complet

Après avoir royalement fêté ses 20 ans en juillet 2015 lors de deux concerts complets dans la capitale allemande, les Beatsteaks « de Berlin » ont sorti le 18 septembre 2015 leur première compilation : « 23 singles ».

À la fin des années 90, les Beatsteaks qui chantent en anglais, faisaient l’ouverture de groupes comme Sick Of It All ou Good Riddance. Aujourd’hui, après sept albums, ils se produisent sur les plus grosses scènes des festivals allemands. Tout le monde connaît les Beatsteaks, et presque tout le monde les aime car ils jouent une musique positive, pleine de pêche, sexy et de qualité.

Les vingt-trois titres emblématiques sont présentés dans un ordre chronologique en faisant cependant l’impasse sur les deux premiers albums beaucoup plus rock alternatif que les suivants mais aussi beaucoup plus underground. En mûrissant, le groupe s’est assagi, est devenu plus pop, tout en déménageant quand même encore beaucoup.

L’anthologie ouvre ainsi sur deux titres phare de l’album Living Targets sorti en 2002 sous le label US Epitaph : Summer et surtout « Let Me In », l’hymne du groupe, LA chanson qui clôt chaque concert.

Suivent les titres les plus importants du groupe comme « Hand In Hand », « I Don’t Care As Long As You Sing », « Hello Joe » ou encore « Cut Off The Top ». Les succès plus récents comme « Milk & Honey », « Gentleman Of The Year » sont également de la partie.

Beatsteaks en concert

Beatsteaks en concert

Outre les singles, l’anthologie comporte également deux titres très appréciés des fans. Le premier d’entre eux est « Frieda und die Bomben », une reprise du titre « Hell on Wheels » de Fu-Manchu que les Beatsteaks ont signé avec le groupe Turbostaat. Le second titre s’appelle « Hey Du », une chanson faisant partie de la comédie musicale « Linie 1 », inédite car jamais sortie sur un album.
C’est peu dire que « Frieda und die Bomben » est une chanson qui déménage. À l’inverse, « Hey Du » se révèle être une chanson d’amour, très tendre et drôle, chantée avec un fort accent berlinois. Il s’agit des deux seules chansons en langue allemande de la compilation.

Notez qu’à l’occasion de « 23 Singles », la plupart des chansons ont été réarrangées. Cependant, aucune n’a été dénaturée et toutes ont même gagné en qualité d’écoute.

Arnim Teutoburg-Weiß met le feu dans le public

Arnim Teutoburg-Weiß met le feu dans le public

La compilation se termine sur deux inédits. Le premier, « Tickets » démontre que le groupe est encore loin d’avoir atteint les limites de son évolution avec ces accords de piano pendant que « Mad River » rassure les fans avec une chanson très fidèle à l’esprit du groupe.

Ce serait cependant commettre une grossière erreur que de s’arrêter la découverte à cette seule anthologie et de ne pas aller plus loin en s’offrant l’écoute de l’intégralité des albums. Ceux-ci regorgent de hits qui, n’ayant jamais eu droit à une sortie en singles, n’ont pas été sélectionnés pour cette compilation. On citera par exemple des titres comme « Up on the Roof », « To be strong » ou encore « Under a clear blue sky » qui sont passés à la trappe malgré leur qualité et leur popularité.

Dans leur hit « Unrockbar » (Les in-rockables, traduction littérale du titre de la chanson), le groupe Die Ärzte posait cette question aux personnes insensibles au rock : Wie kannst du bei den Beatsteaks ruhig sitzen bleiben? qu’on peut traduire par : En écoutant les Beatsteaks, comment peux-tu rester vissé sur ta chaise ?.  La compilation démontre qu’il est effectivement impossible de rester impassible à l’écoute de leur musique et on comprend mieux pourquoi Die Ärzte, LE groupe le plus emblématique du rock allemand, a cité les Beatseaks en exemple.

Tracklist :

01. Summer
02. Let Me In
03. Hand In Hand
04. Hey Du
05. I Don’t Care As Long As You Sing
06. Hello Joe
07. Frieda und die Bomben
08. Jane Became Insane
09. Cut Off The Top
10. Demons Galore
11. Meantime
12. Hail To The Freaks
13. Milk & Honey
14. Cheap Comments
15. Automatic
16. House On Fire
17. SaySaySay
18. DNA
19. Gentleman Of The Year
20. Make A Wish
21. Everything Went Black
22. Ticket
23. Mad River

 

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Mélodie et bonne humeur, les Itchy Poopzkid font ce qu’ils font le mieux pour leur nouvel album : Six

De gauche à droite : Daniel Friedl, Max Zimmer, Sebastian Hafner

De gauche à droite : Daniel Friedl, Max Zimmer, Sebastian Hafner

Les Itchy Poopzkid sont composés de trois membres : basse, batteur et guitare/chant. Et bien que se revendiquant appartenir au genre punk, les Itchy Poopkid produisent un punk teinté de pop.

Groupe originaire de l’Allemagne du Sud, d’Eislingen près de Stuttgart, ils chantent en anglais et ne prévoient pas de passer à l’allemand comme l’ont fait les Donots. Cela peut se comprendre car on ne peut pas vraiment dire que leurs textes soient d’une grande profondeur. Néanmoins, cela ne veut pas dire que les Itchy Poopzkid n’ont rien à dire. Les paroles sont souvent percutantes mais plutôt optimistes en encourageant à prendre conscience de soi, des autres, de la planète. Les textes sont peu cinglants. Lorsqu’ils abordent des problèmes de société, les textes seront plutôt simplement cyniques.

Ce qui fait des Itchy Poopzkid l’un des groupes préférés des Allemands, c’est d’abord la musique, rapide, toujours entraînante, mélodique et mettant de bonne humeur. C’est ce qu’ils savent faire de mieux et c’est ce à quoi nous avons droit sur leur sixième album sorti en 2015 : Six.

La première chanson met d’ailleurs tout de suite dans le bain. She’s Gonna Get it démarre sans prévenir. C’est un hit potentiel. Le refrain est très facile à retenir et le texte sans aucune profondeur. Six sera un album qui ne surprendra pas les fans du groupe.

Sebastian Hafner sur une planche de skateboard dans le public

Sebastian Hafner sur une planche de skateboard dans le public

Il en est de même pour la plupart des morceaux. Grip it Higher, I gotta get away, Plastic… sont des chansons pleine de pêche et dont l’énergie se communique facilement à l’auditeur.

Out There est peut-être le plus gros hit de l’album grâce à sa mélodie irrésistible et ses paroles drôles et pleine d’ironie sur le besoin irrépressible que ressentent certains d’exister à travers les autres.

And now we stopped est également un hit potentiel, facile à chanter avec plein de « Oh Woah! ».

On trouve également quelques chansons très bourrines comme The Weight of the Water ou Never Day Die.

L’album alterne les chansons rapides avec d’autres, plus calmes, presque des ballades, comme Darkness ou Meant to Be.

L’une des chansons les plus originales est sans doute Dancing in the Sun avec son texte cynique, voire sarcastique :

« Est-ce que vous vous souvenez de ces gamins plein de rage ?
Maintenant ils ont des Mars et des Twix »

La vidéo représente très bien le cynisme des paroles et s’avère particulièrement percutante. Elle mérite largement le détour.

L’album se termine avec Kings and Queens une chanson mainstream, avenante, pleine de courage et positive.

« C’est d’abord à moi de changer mon avenir
Allez, bouge-toi et trouve ce qui a du sens »

Image tirée de la vidéo why still bother

Image tirée de la vidéo why still bother

Sans prétention, sans prise de tête avec personne, sans dresser les gens les uns contre les autres, les Itchy Poopzkids livrent un rock mélodique et sans fioriture qui parlera aux gens de bonne volonté.

Tracklist
1. She’s Gonna Get It
2. Grip It Tighter
3. Darkness
4. I Gotta Get Away
5. Dancing In The Sun
6. Never Say Die
7. Meant To Be
8. And Now We Stopped
9. Plastic
10. Out There
11. Trusty Friend
12. The Weight Of The Water
13. Kings & Queens

 

 

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Kompass, le sixième album de Madsen

de gauche à droite : Sascha, Sebastian, Niko et Johannes

de gauche à droite : Sascha, Sebastian, Niko et Johannes

À l’occasion de leurs dix ans d’existence, Madsen a sorti le 14 août son sixième album, intitulé Kompass, ce qui signifie boussole, en allemand.

Grâce à cette boussole, Madsen cherche à retrouver l’énergie de leur adolescence. Leur musique s’inspire à cette occasion d’un rock alliant celui des années 80 et 90 et les chansons sonnent comme un hommage à des groupes comme Weezer, Led Zeppelin et Black Sabbath.

L’album commence par « Sirenen », une chanson puissante et mélodique, très représentative de ce que fait Madsen musicalement depuis ses débuts. Le texte veut pousser à la réflexion, ce qui est également une marque de fabrique du groupe. Cependant, et cela sera confirmé par la suite de l’album, la réflexion ne va pas très loin car le texte est trop vague. De quels dangers sont censées nous alarmer les sirènes qui sonnent en début de chanson : la radicalisation à droite, les banques ? On se contente de citer quelques mots passe-partout : Mord und Totschlag (meurtres et homicides), Menschenhass (intolérance), Wasserwerfer (canons à eau), Drohnen (drônes)… C’est un peu frustrant pour un groupe qui nous a habitués à des textes percutants.

Le reste de l’album confirme la sensation que Madsen a perdu un peu de sa pertinence puisque les chansons parlent d’amour et d’amitié. En revanche, Madsen, reste un groupe très positif et encourage les gens à être plus solidaires, spontanés, etc.

La deuxième chanson « Leichter » (plus léger) reste très fidèle à ce que fait Madsen avec une chanson qui change souvent de rythme, toujours très mélodique et des paroles qui valorisent « l’autre ». Chez Madsen, il est clair que c’est l’autre (nos proches, nos amis ou notre famille, voire ceux qu’on ne connaît pas encore) qui peut nous aider à résoudre tous nos bobos :

« Sans toi, j’aurais plus de temps
À consacrer à ma tristesse
Dont tu m’as déjà si souvent délivré »

Madsen au festival Hurricane à Scheeßel

Madsen au festival Hurricane à Scheeßel

La troisième chanson, « Küss mich » (embrasse-moi) est une ballade. Elle a été déclinée en single.

« Kompass », qui a donné son nom à l’album, est une jolie chanson, avec un joli texte :

« Sur tous les chemins
Je t’emmène avec moi
Comme une boussole
Que je ne perdrai plus
Ne perdrai plus
Car sans racine
Le vent nous éloigne »

Plus légères et rigolotes, voire accessoires sont « Ich bin korrupt » « Küss mich ».

« Ich trink nur eben aus » est une chanson optimiste mais aussi un peu facile, restant dans le style typique du groupe.

Toujours aussi optimiste est Fluten (Marées), avec des accents de hard rock et un texte parfois très joli :

« Dans la marée
Nous ne craignons rien
Ce que nous perdons
La mer le redéposera sur la plage »

Madsen en concert à Insbruck

Madsen en concert à Insbruck

« Unerreichbar » (Inaccessible) est une nouvelle ballade avec pour thème le fait de passer une journée sans internet et téléphone.

« Graue Welt » (un monde gris) est une chanson pleine de courage sur une thématique déjà portée par Madsen.

« Ils ne voient qu’en noir ou blanc
Ne savent pas ce que c’est
Que d’être différent
Il y en a tant qui te comprendront
Si seulement tu leur montrais de nouvelles couleurs »

« Nochmal » (Encore) est la chanson la plus touchante avec un texte très beau :

« Le désir et la raison
s’accordent rarement
Pourtant comme il existe aussi des miracles dans l’Enfer sur Terre
Je t’embrasse comme s’il n’existait pas de lendemain.
Si c’était une erreur
Alors ça m’est égal
Car qu’y a-t-il de juste ou de normal
Nous seuls avons maintenant le choix
Et on se fiche de ce qu’ils racontent
Viens, on recommence encore une fois.
Juste encore une fois.
On recommence encore une fois
Et encore »

« Über die Berge » (Au-delà des montagnes) est une nouvelle ballade, plutôt quelconque avec des choses un peu faciles :

« Je te réchauffe quand tu as froid, lorsque tu perds pied, je te tends la main. »

L’album se termine sur un morceau puissant où Black-Sabbath rencontre T.Rex-. « Leuchttürme » (Phares) est une très belle chanson avec un très beau texte, tellement beau d’ailleurs qu’il en fait peut-être la meilleure chanson de l’album :

« Je connais chaque nuage
Chaque coucher de soleil
Marées basses et hautes, les étoiles
Car je ne peux faire autrement
Parfois je me sens seul
Je regarde la mer
Plusieurs fois j’ai pensé
Quelqu’un me fait signe
Par tempête, pluie et neige
Je reste simplement ici debout
Chaque fois que je te ramène à la maison
Alors je sais pourquoi. »

Kompass, le sixième album de Madsen

Kompass, le sixième album de Madsen

Le message de la chanson est également celui qui apporte une touche d’originalité à l’album : Il est certes important de voyager mais il est tout aussi important d’avoir une boussole ou un phare qui montre le chemin.

Depuis leur dernier album « Wo es Beginnt », les Madsen n’avaient écrit qu’une seule chanson, et c’était pour un film pour enfants : Rico, Oskar und das Herzgebreche (inédit en France). Le fait que l’album soit produit par Moritz Enders qui travaille avec beaucoup d’artistes allemands comme le rappeur Casper, Tim Bendzko ou Kraftklub dénote de l’aspect « grand public » du groupe.
Avec sa boussole, Madsen ne s’aventure pas très loin. Il n’empêche que le succès est au rendez-vous puisque le groupe est très populaire en Allemagne. Ce dernier album, sorti cet été, se vend néanmoins moins bien que le précédent. Espérons que cela incite le groupe à travailler ses textes qui n’égalent plus les hits des premiers albums. En l’état, avec Kompass, Madsen livre cependant un très bon album, agréable et solide. La musique de Madsen a pour but de faire chanter. Les paroles sont écrites dans un bel allemand, très joli à l’écoute et qui est effectivement très facile à chanter.

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Karacho, le dernier album des Donots

Un pas en avant pour les Donots

Un pas en avant pour les Donots

Karacho, le dixième album des Donots est sorti le 20 février 2015 et après neuf albums en anglais, ils chantent pour la première fois en allemand.

Depuis 1993, le groupe originaire d’Ibbenbüren dans le Nord de l’Allemagne, près de la frontière néerlandaise, délivre un rock alternatif la plupart du temps proche du punk, mais qui peut aussi bifurquer vers la pop, comme cela fut le cas en 2012 à l’occasion d’un duo avec le britannique Frank Turner sur la chanson So Long (Frank Turner venant d’ailleurs, lui aussi, du punk).
Pour fêter leur vingtième anniversaire, les Donots avaient prévu de sortir un EP exceptionnellement en allemand. Vingt chansons ont été finalement présentées à Vincent Sorg qui a, entre autres, produit le dernier album des Toten Hosen. Une douzaine de chansons ont été retenues et ce qui devait être un EP s’est transformé en album.

Lorsque les Donots annoncèrent leur projet de sortir un album en allemand en 2014, nombreux étaient les inquiets, y compris parmi les fans. Le risque était grand de perdre son public en route. Pourtant, les Donots s’étaient en réalité déjà essayé à la chose en 2014 avec « Das Neue bleibt beim Alten » et avaient démontré toute leur capacité à réussir dans leur langue natale.

L’album commence très fort. La première phrase hurlée par Ingo Kollmann, le chanteur, est « Von jetzt an mach ich nicht mehr mit » (À partir de maintenant, je ne fais plus partie du truc). Les Donots expriment-ils ainsi leur refus de continuer à chanter en anglais ?

Karacho, le premier album en allemand des Donots

Karacho, le premier album en allemand des Donots

On le constate dès la première chanson, les Donots délivrent en allemand des textes plus percutants et s’éloignent des clichés anglicistes. Ici, les Donots hurlent clairement leur incompréhension devant la façon dont évolue le monde. La chanson « Ich mach nicht mehr mit » est symbolique de cet album.

Ingo Kollmann, qui écrit également les paroles de ses chansons, admet qu’il n’a pas été facile de passer de l’anglais à l’allemand. Il a eu besoin de plusieurs semaines pour se familiariser avec sa langue et l’intégrer dans une dynamique rythmique. Il n’a pas non plus hésité à se farcir des heures et des heures de pop allemande afin de bien déterminer ce qu’il ne voulait surtout pas voir dans ses paroles et éviter les clichés.

La seconde chanson, Dann Ohne Mich (ce sera sans moi) s’attaque clairement au mouvement des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (en allemand, « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes », abréviation PEGIDA). Ceux qui participent à ce mouvement ont peur de l’immigration islamique qui a, selon eux, pour conséquence d’islamiser l’Allemagne. Lancé en octobre 2014, le mouvement a beaucoup fait parler de lui, y compris en France car ses membres manifestaient chaque lundi à 18 heures 30 dans un parc de la ville de Dresde. Dans cette seconde chanson, « Dann Ohne Mich », Les Donots leur répondent par des phrases comme « Kein Mensch ist illegal » (aucun être humain n’est illégal).

La couverture de l'album

La couverture de l’album

Le reste de l’album démontre aussi que, musicalement parlant, le groupe n’est plus uniquement consacré au punk-rock depuis longtemps. Les Donots cultivent leur niche qui se trouve entre le mainstream et le punk pur et dur. Si « Ich mach nicht mehr mit » sonne très rock-alternatif, tout comme « Du Darfst Niemals Glücklich Sein » (tu n’as pas le droit d’être heureux), on trouve aussi des chansons qui sonnent reggae pour mettre de bonne humeur comme « Problem Kein Problem » (Problème, pas de problème). « Weiter » ressemble à de la pop à la sauce U2, « Immer Noch » à de la folk teintée de rock et l’acoustique « Hansaring, 2:10 Uhr » refait les yeux doux à la Folk Pop Rock de Frank Turner. D’autres chansons sont simplement bruyantes comme « Kaputt » et « Hier Also Weg ».

Au final, on constate que les Donots ont parfaitement su adapter leur musique à la langue allemande. Leurs chansons sonnent toujours aussi fraîches et légères tout en demeurant percutantes. Ainsi, les Donots restent les Donuts, même en allemand.

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