The Ocean, groupe géologique

Robin Staps fonde The Ocean à l’aube des années 2000… Durant les deux décennies à venir, le groupe s’illustre sur la scène post-metal jusqu’à nous offrir, à la fin des années 2010, une série d’album s’intéressant à l’Histoire, celle se déroulant avant la préhistoire… La musique est tellement imagée que nos pieds ressentent le choc des météores s’abattant sur les pauvres tyrannosaures.

Préhistoire

L’histoire commence à Berlin où Robin Staps se met en quête de personnes partageant ses perceptions. Tous s’installent dans les sous-sols d’une usine d’aluminium désaffectée. Le complexe composé d’un studio, d’une salle de répétitions et de quoi dormir est baptisé Oceanland. Accessoirement, les détritus délaissés par les industriels sont utilisés pour créer des instruments.

Sur leurs deniers sort en 2002 Islands/Tides, le premier album du groupe.

Depuis leurs quartiers, The Ocean compose de quoi alimenter leurs premiers concerts qui rassemblent environ 300 personnes. Leur premier album sous la houlette d’un label, Fogdiver, est instrumental ; cela n’empêche pas le groupe de chanter sur les morceaux en concert. De même, pour enrichir leur musique sur scène, The Ocean n’hésite pas à faire appel à des instruments extravagants comme la flûte traversière.

The Ocean, groupe géologique
The Ocean, groupe géologique

Lorsque Truxion sort en 2004, il n’est pas surprenant de voir l’album laisser de la place à des violons, clarinettes et flûtes.

Après avoir remporté le Riot Fest d’Anvers, le groupe part pour une tournée durant laquelle il est parfois tête d’affiche.

Le quatrième album Aeolian et le double CD Precambrian, respectivement sortis en 2005 et 2007, ont la particularité de faire appel à des chanteurs d’autres groupes comme Tomas Hallbom de Breach ou Sean Ingram de Coalesce.

En 2010, The Ocean annonce la sortie de deux albums : Heliocentric et Anthropocentric. Le turnover dans le groupe est important avec les remplacements de trois membres, mais cela ne contrarie pas The Ocean. Ainsi, après la sortie de leur album Pelagial, ils assurent une tournée mondiale en 2013 et 2014.

C’est finalement en 2018 que sort Phanerozoic I et, deux années plus tard sa suite Phanerozoic.

De nos jours

Ces deux albums mettent fin au cycle entamé avec Precambrian et Heliocentric. En effet, le Phanérozoïque est une période couvrant les 541 derniers millions d’années, postérieure au Precambrian. C’est durant cette période que l’on assiste à l’émergence d’un grand nombre de formes biologiques, l’apparition et le développement des plantes, l’évolution des poissons, la conquête de la terre ferme par les animaux… C’est aussi à cette époque que les continents se déplacent, donnant les six continents actuels.

The Ocean se sert de ces éléments pour tisser des parallèles entre les événements historiques et le présent.

The Ocean, groupe géologique

Sur le plan musical, les deux albums sont proches d’un rock progressif, tout en disposant d’éléments classiques de post rock et de parties instrumentales atmosphériques…

Il est évident que la musique de The Ocean est plutôt complexe. Elle ne se laisse pas dompter en deux ou trois écoutes ; il faut montrer un peu de patience et d’abnégation.

Mais l’auditeur persévérant sera récompensé par des morceaux débordant d’énergie puisée à la source d’une batterie incessante et un chant souvent brutal. Quelques moments plus calmes permettant de reprendre son souffle démontrent surtout le fossé entre les différentes phases, renvoyant à cette période de l’Histoire durant laquelle la planète a connu de grands bouleversements.

Malgré la férocité de certains passages, et sans être facile, la musique est toujours mélodique. Il en est de même de la construction des morceaux qui n’a rien à voir avec les sempiternels couplets-refrains qui nous sont servis. Certaines chansons font en effet 8 ou 13 minutes. Au final, l’auditeur se voit servit une musique riche et difficile à dompter, comme la nature.

The Ocean, ça ressemble à ça :

The Ocean – Phanerozoic I: Palaeozoic album complet

The Ocean – Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic album complet

The Ocean, groupe géologique

Benjamin Griffey, alias Casper se hisse au sommet de la musique rap

Casper apparaît comme une figure du rap-emo, genre musical au lyrisme émotionnel, parlant souvent de rupture amoureuse, solitude, dépression, suicide…

Benjamin Griffey naît d’une mère allemande et d’un père américain le 25 septembre 1982 dans le Land Rhénanie-du-Nord-Wesphalie. Peu après, sa famille part s’installer dans l’État de Georgie aux État-Unis. À 11 ans, il revient en Allemagne avec sa mère et sa jeune sœur.

Benjamin Griffey, alias Casper se hisse au sommet de la musique rap

En 2003, il débute sa carrière de rappeur et de chanteur et s’implique au sein de plusieurs studios avec d’autres rappeurs comme Abroo et Separate. Ils créent ensemble le groupe de hip-hop Kinder des Zorns (traduction : Les enfants de la fureur). Dès 2004, ils se disputent et se séparent après avoir sorti leur premier et dernier album « Rap Art War ». Griffey tente plusieurs autres expériences de collaboration qui ne durent pas plus de deux ans. En 2006, il revient avec une mixtape « Die Welt Hört Mich » (traduction : Le monde m’écoute). C’est avec cette compilation de musique qu’il commence à être réellement connu et en 2008, il sort « Hin zu Sonne » (traduction : Destination Soleil) en collaboration avec les rappeurs Prinz Pi et Kollegah.

En 2009, Griffey/Casper passe un contrat avec Selfmade Records, un studio qui vante ses capacités à reconnaître un artiste prometteur. Avec Kollegah, Favorite et Shiml, ils créent « Chronik 2 » sorti en avril 2009. Au bout de deux ans de collaboration, Casper quitte Selfmade Records pour Four Music.

En 2010, alors que Casper annonce la sortie de son nouvel album « Xoxo », le deuxième après « Hin zu Sonne », il fait déjà partie des rappeurs allemands qui comptent. Non seulement il fait concurrence aux rappeurs pur jus comme K.I.Z ou Bushido mais aussi aux rappeurs mainstream comme Herbert Grönemeyer. L’album « Xoxo » se hisse très vite à la première place des ventes et marque un tournant commercial pour le rap allemand.

Benjamin Griffey, alias Casper se hisse au sommet de la musique rap

En 2013 sort son troisième album « Hinterland ». Cet album représente la renaissance. En effet, des paroles comme Die Stadt muss brennen (traduction : La ville doit brûler) dans la chanson « Im Ashenregen » (traduction : Dans la pluie de cendres) évoque pour Casper une envie de vivre des aventures, de sortir, de réaliser ses rêves. Lors d’un entretien accordé à laut.de, Casper raconte que sans ses choix, il serait un employé de bureau et non ce qu’il rêvait d’être.

Sous le nom de Lil Creep, il fonde avec Lord Nakko (rappeur) et DJ Krypte (DJ) les Gloomy Boyz. Le trio commence, fin 2015, avec l’EP « Auz der Grvft ».

Casper est très exigeant avec ses propres albums. En effet, en 2016, le nouvel album « Lang lebe der Tod » (traduction : Longue vie à la Mort) semble terminé et les dates de sortie sont fixées. Mais Casper ne se sent pas prêt. Il reporte tout à l’été 2017. L’album est si bien accueilli qu’il reste pendant 13 semaines numéro 1 des ventes. Daniel Fersch de mzee.com (une société allemande proumouvant le développement de la culture hiphop dans les pays européens et surtout germanophones) assure que cet album est « L’œuvre la plus grande et la plus puissante de toute la carrière de Casper ». Le spécialiste précise également que « La peur de l’inévitable dans le cœur, le musicien prend ses auditeurs par la main et célèbre la vie, précisément à cause de cette peur. La mort comme force motrice de la vie ».

Le 21 août 2018, Casper sort son dernier album en date, intitulé « 1982 », en collaboration avec Marteria, un rappeur allemand.

Benjamin Griffey, alias Casper se hisse au sommet de la musique rap

Ancien chanteur dans un groupe punk, Casper est doté d’une voix grave qui ne passe pas inaperçue.

Il est souvent décrit comme un emo-rappeur. Le rap-emo est un genre musical dont les contenus se focalisent sur un lyrisme personnel et émotionnel, souvent en rapport avec la solitude, la dépression, le suicide, la rupture…

Casper utilise ce terme d’emo-rappeur pour parler de lui-même. En effet, la plupart de ses chansons sont tirées de ses propres expériences ou s’avère même totalement autobiographiques. « Hin zu Sonne », par exemple, décrit son drame personnel lorsqu’il a dû quitter son père qui battait sa mère et s’installer en Allemagne ; pays dont il ne connaissait pas la langue (même si sa mère était allemande), ainsi que les difficultés d’intégration qu’il a connues. Le rap est un moyen pour lui, non seulement de vocaliser ses sentiments mais aussi d’avoir un accès à la langue allemande.

Benjamin Griffey, alias Casper se hisse au sommet de la musique rap

Schmutzki – chaos et bonne humeur

Agressifs, mais pas dans un sens négatif, chaotiques, les Schmutzkis ont une grande gueule et leur musique très punk est aussi mélodique que celles des illustres Toten Hosen. Absolument pas mélancolique, leur musique invite plutôt à faire la fête en montrant le bon côté de la vie : boire et s’aimer.

Schmutzki – chaos et bonne humeur

On peut imaginer que le nom du groupe est un simple dérivé de celui du chanteur : Beat Schmutz, Or, c’est un peu plus compliqué que ça. D’une part, parce que Schmutz, en allemand, signifie « saleté » et que cela sonne plutôt bien pour un groupe punk. Ensuite parce que le « ki » à la fin est emprunté à l’inspecteur Schimanski. Ce héros de la série Tatort, interprété par Götz George, est une véritable légende en Allemagne, en particulier pour la gauche de l’échiquier politique qui y voit un homme du peuple, rude et vrai, qui remet de la justice là où les élites ont abusé de leur position.

Schmutzki – chaos et bonne humeur

Originaires de la région de Constance, Beat Schmutz, Dany Horowitz et Flo Hagmüller fondent en 2011 le groupe Schmutzki à Stuttgart

Dès l’année suivante, ils participent à une pléthore de concours et finissent par remporter le “Play Live” organisé par le Popbüro Stuttgart de la région Baden-württemberg. En 2013, ils figurent au programme du Southside, l’un des plus prestigieux festival rock d’Allemagne.

Schmutzki – chaos et bonne humeur

En 2014, les trois garçons signent avec Warner qui sort, la même année, leur premier EP intitulé Mob, un best of de leur premier album à paraître en 2015. Dès l’automne, ils assurent les premières parties de groupes importants comme les Beatsteaks ou Die Toten Hosen, Bad Religion et Kraftklub. En 2015, après la sortie de l’album Bäm, une première tournée leur permet de conquérir les publics allemands, autrichiens et suisses.

Le groupe attire l’intérêt des critiques auxquels ils accordent quantité d’interviews et, grâce à son énergie, Schmutzki bénéficie d’une base de fans importante qui leur apporte un soutien fidèle et régulier.

Les paroles des chansons ne sont pas sérieuses et s’intéressent la plupart du temps à des thèmes frivoles comme le sexe et la bière, avec des chansons comme Beste Bar Der Stadt (meilleur bar de la ville) ou Kalifornia où l’on s’extasie sur l’Instagram de son ex. La politique est aussi bien sûr un peu abordée, en particulier les projets citadins aux conséquences écologiques désastreuses comme à Stuttgart, mais Schmutzki est d’abord un groupe léger avec des riffs pop-punk standards qu’on a probablement déjà entendu souvent chez The Hives ou Madsen. Mais Schmutzki mouille aussi la chemise et c’est ce qu’attendent les fans qui vont les voir en concert : du punk simple avec des textes faciles à retenir et qui incline plus à participer au prochain pogo qu’à l’introspection.

Schmutzki – chaos et bonne humeur

En définitive, Schmutzki n’est pas un groupe punk, mais plutôt un groupe de rock alternatif proposant un mélange coloré de diverses influences. Du rock pour mettre de bonne humeur.

Discographie :

2014: Mob (EP)
2015: Bäm (Album)
2016: Spackos Forever (Album)
2018: Mehr Rotz als Verstand (Album)

Schmutzki – chaos et bonne humeur

Die Nerven : rock, punk, sombre, mélancolique

Die Nerven : rock, punk, sombre, mélancolique

En réponse à ces groupes qui pratiquent l’hédonisme et la bonne humeur, Die Nerven s’engage dans une musique résolument plus mélancolique et sombre.

Comme le dit Julian Knot, la génération actuelle subit une dissonance constante entre d’un côté, le besoin de performance et, de l’autre, l’obligation d’afficher une bonne humeur à toute épreuve.

Ainsi, on ne sera pas forcément surpris d’apprendre que Die Nerven est originaire de Stuttgart, une ville si propre que l’on pourrait en lécher les trottoirs. Pourtant, sous le bitume de la capitale du Bade-Wurtemberg se cache une toute autre réalité. L’industrie automobile et son lobby se remplissent les poches grâce à la fraude et des dizaines de milliers de 4×4 urbains polluent au point où Stuttgart peut se vanter d’avoir l’atmosphère la plus sale de toutes les villes allemandes.

Dans ce contexte, Die Nerven est bien l’enfant légitime d’une ville hypocrite.

C’est en 2010 que Julian Knoth (chant et basse) et Max Rieger (chant et guitare) fondent Die Nerven ; le but affiché est de faire le plus de bruit possible.

Avec l’aide de Kevin Kuhn qui s’assied de temps en temps devant la batterie, ils publient des albums en MP3 avant de trouver un label à Münich. This Charming Man Records distribue alors la démo Asoziale Medien en 2012. Cette même année, Julian et Max sont rejoints par Kevin Kuhn qui devient alors le batteur officiel du groupe. À la fin de l’année sort le premier album du trio : Fluidum inscrivant le groupe dans un mélange de post-punk et de noise-rock.

Die Nerven : rock, punk, sombre, mélancolique

C’est en 2014 que Die Nerven se fait remarquer grâce à son second album. Fun est unanimement salué par la critique qui le considère comme l’un des albums les plus importants de la décennie pour la scène allemande.

Une tournée est organisée et Die Nerven se produit dans les plus grands festivals allemands avant de faire un détour en Israël. On découvre alors que le groupe est également excellent en concert.

En 2015, Die Nerven change de label et signe avec Glitterhouse Records qui publie le troisième album. Out démarre par un morceau rappelant le rock alternatif des années 90, avant d’être ponctué par un cri distordu. Une guitare, sonnant comme une alarme, se fait alors entendre… L’ambiance est résolument sombre et le son bruyant sait se transformer en un rock’n’roll crasseux. On pense alors aux années 80, mais, grâce à une musique qui captive l’auditeur, l’album est loin de se contenter d’imiter une époque.

En 2016, le trio compose et réalise la musique de la pièce de théâtre Comment un adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction Armée Rouge au cours de l’été 1969, basé sur le roman de Frank Witzel, racontant l’Allemagne de l’après-guerre jusqu’à l’irruption la RAF.

L’année suivante sort le troisième album de Die Nerven, Live in Europa, composé de morceaux extraits de concerts donnés par le group. L’album démontre si c’était encore à faire, que l’énergie qui se dégage des performances du groupe sur scène surpasse celles des chansons enregistrées en studio, déjà suprenante.

Die Nerven : rock, punk, sombre, mélancolique

Doté de titres plus accrocheurs et plus pop, le quatrième album est fêté par la critique et parvient à se hisser à la treizième place des ventes en 2018. Enregistré dans un studio mobile en Toscane, Fake impose la personnalité du groupe, avec un mélange musical de punk et de post-punk proche de Sonic Youth, ainsi que de riffs empruntés à Black Sabbath. Les paroles, quant à elles, s’érigent contre les différentes contraintes sociales.

Die Nerven n’essaye pas de s’ériger en chef de meute. Les textes ne sonnent pas comme des slogans. Et ne forcent pas les points de vue. L’objectif est plutôt de secouer les pensées : À l’heure où chacun est autorisé à répandre ses théories sur le net, où est la vérité ?

Discographique :

  • 2012 : Fluidum (This Charming Man Records)
  • 2014 : Fun (This Charming Man Records)
  • 2015 : Out (Glitterhouse Records)
  • 2017: Live in Europa (Glitterhouse Records)
  • 2018 : Fake (Glitterhouse Records)

Source : laut.de

Die Nerven : rock, punk, sombre, mélancolique

Swiss und die Andern au Deichbrand Festival

« Nous sommes Swiss + die Andern, de Hambourg St Pauli. Là d’où nous venons, ça pue, mais partout où nous allons, nous cassons la baraque ! »

Et ils ont effectivement cassé la baraque lors du Deichbrand édition 2019, le dimanche 21 juillet à 14h, le dernier jour du festival.

Swiss und die Andern au Deichbrand Festival

Swiss und die Andern (littéralement Swiss et les autres, Swiss étant le pseudonyme du chanteur) est un groupe qui veut provoquer et réveiller les consciences. Avec des textes qui parlent de leur expérience et de leur vision du monde, ils n’ont pas peur de déplaire au grand public, voire de le dresser contre eux.

Le ton est tout de suite donné, avant même que le groupe ne débarque sur la grande scène. Une banderole « Parental Advisory : Krank links » (avertissement parental : à gauche comme des malades) indique où se situe politiquement le groupe.

Une petite phrase de Swiss enfonce le clou : « La dernière fois que nous sommes venus, la police nous a bloqués pendant des heures ».

Les chants antifas dans le public finissent d’annoncer la couleur de la prestation à venir de Swiss und die Andern, tout comme le T-shirt du guitariste qui arbore un « antifascist action » du plus bel effet.

Swiss, frontman du groupe, est très musclé et l’on ne voudrait pas être à la place du nazillon qui le rencontrera lors d’une manif. Du coup, tout le monde obéit quand il ordonne de sauter dès le premier morceau (le bien nommé Swiss oder Stirb).

L’ambiance est garantie. Pourtant, il est tôt dans la journée, ce qui n’a pas découragé les festivaliers. Plusieurs milliers de personnes se sont ainsi regroupés devant le Fire Stage, deuxième grande scène du festival.

Swiss und die Andern au Deichbrand Festival

Sur scène, ça balance dur avec Jakob Schulze à la guitare, rouquin, barbu et créteux, Matze Grimm à la basse et, plus en retrait, Tobias Gerth.

Le DJ Da Wizard assure largement l’ambiance lors de plusieurs échanges comiques avec Swiss qu’il chambre gentiment sur son égo ou lorsqu’il balance des tubes interplanétaires sur sa platine, annonçant ainsi les chansons les plus calmes du répertoire de Swiss.

La présence exceptionnelle du rappeur Shocky en chaise roulante, arborant un sourire à jamais tatoué sur le visage, apporte également un symbole fort à la prestation ; il est tout à la fois effrayant, inquiétant et fabuleusement stimulant. Il rappe comme à son habitude, de manière solide et honnête.

Tout est là pour mettre le feu et c’est bien ce qui se produit sur la scène comme dans la fosse. Le public danse, bondit, pogote, chante, lève un doigt d’honneur en direction de l’AfD (Alternativ für Deutschland, le parti d’extrême-droit allemand).

Après cinq chansons, le groupe propose une reprise de l’une des chansons les plus connues de Die Ärzte, Schrei nach Liebe dans laquelle est apostrophé un néo-nazi :

« Il faut toujours tout t’expliquer car tu ne comprends rien

ta violence vient d’un manque d’amour car tes parents n’avaient jamais de temps à t’accorder »

Le succès est évident et tout le public se met à crier l’insulte sur laquelle se termine le refrain : « Arschloch ! » (traduction : Enculé)

Au bout d’une heure de concert, Swiss avoue qu’il a très envie de se fumer un joint en coulisse. Il fait ses adieux et prend congé du public avec le reste du groupe.

Swiss und die Andern au Deichbrand Festival

La setlist du concert :

Swiss oder Stirb

Finger zum MW

Punk zurück

Kuhle Typen

Schwarz Rot Braun

Schrei nach Liebe (Die Ärzte cover)

Fick dich

Morgenland

Der Scheiss is’ live

Hassen oder Lieben

Vermisse dich

Punkah auf Sri Lanka

Wir gegen die

Asche zu Staub

Grosse Freiheit

Pogo

Deichbrand est un festival qui se déroule chaque année, le troisième week-end de juillet, dans le nord de l’Allemagne,près de Brême. La programme est éclectique, mais la personne qui s’intéresse au rock allemand est assurée d’y retrouver l’ensemble de la scène allemande, de Tocotronic aux Toten Hosen, en passant par les groupes plus confidentiels comme Swiss und die Andern par exemple. L’organisation impeccable et l’ambiance bonne enfant, presque familiale, permet de ne jamais souffrir de l’affluence importante (entre 55 000 et 60 000 personnes).

Swiss und die Andern au Deichbrand Festival

Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

C’est grâce à un rock punk simple mais engagé politiquement que die Toten Hose s’est assuré un succès toujours grandissant au cours de leurs trente années de scènes. La popularité du groupe dépasse largement l’extrême gauche. Leur aptitude à se renouveler avec simplement trois accords leur a même permis de s’assurer des fans à travers plusieurs générations, de vendre des millions d’albums et de s’assurer plusieurs fois la tête du hit parade. Et le succès et tout sauf immérité.

Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

La légende raconte que les cinq jeunes hommes se sont rencontrés à Düsseldorf, septième plus grande ville d’Allemagne (située dans la Ruhr), qu’ils ont fondé un groupe, donné des concerts, sortis des albums et seulement après, appris à jouer de leurs instruments.

Comme trois des membres du groupe portent le prénom Andreas, ils se décidèrent à adopter des pseudos. Ainsi, Andreas Frege au chant s’appelle désormais Campino, Michael Breitkopf à la guitare se fait appeler Breiti, Andreas von Holst également à la guitare se prénomme Kuddel, Andreas Meurer à la basse hérite du sobriquet Andi et Wolfgang Rohde batteur répond au diminutif Wölli.

De 1983 à 1986, avec les albums Opel-Gang, Unter falscher Flagge et Damenwahl, ils se font d’abord connaître dans la scène punk allemande avec des chansons aux textes plutôt drôles. Puis, avec Never Mind The Hosen – Here’s Die Roten Rosen (1987) qui reprend d’anciens tubes, ils font leur entrée dans le classement des meilleures ventes. Dès lors tout va très vite et les choses deviennent plus sérieuses et ambitieuses. C’est en particulier le cas à partir de Ein Kleines Bisschen Horrorschau (1988) qui s’inspire du roman L’Orange mécanique d’Anthony Burgess (c’est sur cet album que l’on trouve Hier kommt Alex régulièrement chanté en concert, aujourd’hui encore).

In einer Welt, in der man nur noch lebtDans un monde où l’on ne vit
Damit man täglich roboten gehtChaque jour que pour côtoyer des robots
Ist die größte Aufregung, die es noch gibtLes grands événements qu’ils nous restent
Das allabendliche Fernsehbildsont, tous les soirs, à la télévision
Jeder Mensch lebt wie ein UhrwerkChaque homme vit comme une horloge
Wie ein Computer programmiertComme un ordinateur programmé
Es gibt keinen, der sich dagegen wehrtPersonnes ne s’y oppose
Nur ein paar Jugendliche sind frustriertSeuls quelques jeunes sont frustrés
Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

La compilation qui sort ensuite, Auf dem Kreuzzug ins Glück (1990), se place pour la première fois en tête des ventes.

Entre 1982 et 1997, les Toten Hosen donnent mille concerts. Qu’ils chauffent la salle pour U2 et les Rolling Stones, ou qu’ils soient les rois de la soirée, leurs concerts sont inoubliables.

C’est pourquoi le concert du 28 juin 1997, fêtant les 15 ans du groupe dans le stade de Düsseldorf, devait être un moment magique ; il s’est finalement transformé en tragédie lorsqu’une jeune néerlandaise est décédée dans la cohue des 60 000 fans. Le groupe continue de jouer pour éviter la panique mais, par la suite, annule tous ses concerts.

Après s’être remis du choc, ils reviennent doucement en commençant une tournée à l’autre bout du monde, sur des festivals en Australie. En Allemagne, leurs premiers concerts sont annoncés sous le nom Die Roten Rosen, pseudonyme qu’ils avaient déjà utilisés en 1987.

Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

Le groupe continue d’aligner les albums. Ainsi sort en 2002 Auswärtsspiel et un best of Reich & sexy II. Puis, en 2004, Zurück zum Glück est publié.

Finalement, après un concert unplugged en 2005, le groupe prend un peu de vacances, jusqu’en 2007, année où se déroule le sommet du G8 en Allemagne.

Le groupe, proche d’Oxfam, ONG qui aigit contre les injustices et la pauvreté, profite de l’événement pour communiquer sur les conséquences de la mondialisation sur les pays pauvres et le climat.

En 2008, Campino est contacté par Wim Wenders pour tenir le rôle principal de Rendez-vous à Palerme, film présenté à Cannes la même année. Le chanteur joue aux côtés de Dennis Hopper.

Die Toten Hosen revient à la scène pour une série de concerts qui, à chaque fois, se jouent à guichets fermés. Le groupe fête alors ses 25 ans mais il n’est pas question de prendre sa retraite, même lorsque Campino se casse une jambe. Malgré son plâtre il enflamme Hambourg, Berlin et le festival Rock am Ring.

En 2008 sort le nouvel album, In aller Stille. S’en suit une tournée qui mène le groupe en Amérique du Sud et en Asie centrale.

En 2012 est publié l’album Ballast der Republik (le poids mort de la république) après une nouvelle compilation (All die ganzen Jahren) en 2011. L’album est un succès dans les pays germanophones et se retrouvent en première place des listes allemandes, suisses et autrichiennes.

Arrive alors le point culminant de la carrière du groupe avec la chanson « Tage Wie Diese » qui devient le hit de l’été 2012. Aujourd’hui, c’est l’une des chansons les plus jouées lors des enterrements. Bien qu’il ne s’agit plus vraiment de punk rock, la chanson, un hymne à la nostalgie, ne trahit en rien les origines du groupe puisqu’elle évoque l’euphorie avant d’entrer en scène.

La tournée fêtant les 30 ans de la bande commence en avril 2012 au Bremer Schlachthof et se poursuit jusqu’en mai dans des petites salles. En septembre, le groupe se rend en Argentine avant de commencer une nouvelle tournée dans les pays germanophones en novembre, comme d’habitude, à guichets fermés. L’ensemble a été immortalisé dans la vidéo Der Krach Der Republik (le vacarme de la république).

Le 25 avril 2016, à la suite d’un cancer, Wolfgang “Wölli” Rohde, batteur, décède.

Le groupe n’arrête pas pour autant et les vers d’une des chansons de leur album de 1986 Damenwahl sont toujours d’actualité :

Solange Johnny Thunders lebtTant que vivra Johnny Thunders
solange bleib ich ein PunkJe resterai punk
solange es was zu trinken gibtTant qu’il y aura de quoi boire
dauern alle unsere Feste an.Nos fêtes continueront

Et ce, même si Johnny Thunders, guitariste des New York Dolls, l’un des premiers groupes punks, est décédé le 23 avril 1991.

Ainsi sort en 2017, Laune der Natur, le seizième album du groupe. Plus mature que les précédents, il ne traite plus de bière, de fête et de révolution mais plutôt de la mort, de la perte et des relations humaines. C’est un album mélancolique pour des musiciens quinquagénaires qui ont déjà eu à subir plusieurs pertes et qui ont une bonne partie de leur vie derrière eux.

Die Toten Hosen, est-ce que c’est encore du punk rock ?

Kadavar, retour aux sources

Imprégnée de stonerock, de hardrock et de rock psychédélique, la musique de Kadavar est fortement inspirée par celle de Black Sabbath, Pentagram et Hawkwind, des groupes américains et britanniques très prolifiques dans les années 1970.

Kadavar, retour aux sources

Kadavar naît en 2010 à Berlin. Les membres viennent de Thüringen, Münster et de l’Autriche, et cherchent à saisir la griffe des années 70. Ainsi, ils enregistrent par exemple avec du matériel d’époque. Quant au style vestimentaire si particulier du groupe, il est composé par des habits achetés dans des magasins berlinois de deuxième main. En revanche, le groupe ne se considère pas satanique ou occulte.

Kadavar, retour aux sources

Philipp « Mammut » Lippitz, et Christoph « Tiger » Bartelt commencent à jouer ensemble en 2010. Les deux compères sont rejoints durant l’été 2012 par Christoph « Lupus » Lindemann, comme chanteur et bassiste.

Quelques semaines plus tard sort le premier album, intégralement vendu en précommande et donc épuisé avant même d’atteindre les bacs. Les critiques sont élogieuses.

Encouragé par les nombreux retours positifs, Kadavar publie un second album à peine quelques mois après le premier et c’est en avril 2013 que sort le très attendu Abra Kadavar. Les critiques sont aussi élogieuses que celles du précédent album.

Peu de temps après, Philipp Lippitz quitte le groupe ; il est remplacé par Simon „Dragon“ Bouteloup qui avait déjà participé aux deux précédentes prestations scéniques.

Alors que le second album atteint la 42ème place des ventes en Allemagne, Kadavar s’acoquine avec les australiens de Wolfmother et les accompagne lors d’une tournée en Europe.

En 2013 et 2014, le groupe est nominé dans la catégorie « meilleure révélation » lors des Metal Hammer Awards, récompense décernée par le mensuel du même nom.

Kadavar, retour aux sources

Les trois barbus commencent à travailler sur leur troisième album début 2015. Berlin sort ainsi le 21 août de la même année et atteint cette fois-ci la 18ème place des charts allemands. Plus grand public, plus moderne aussi, l’album s’imprègne d’une touche plus pop, qui n’est pas sans évoquer Wolfmother. C’est aussi l’année où le groupe joue pour la première fois à Rock Am Ring, le plus grand festival de rock Outre Rhin. S’en suit une tournée en Europe, mais cette fois-ci Kadavar est en haut de l’affiche.

En 2017 sort le quatrième album du groupe, Rough Times, qui se présente comme un retour aux sources, bien moins grand public. Dust, Steamhammer, Hawkwind et Black Sabbath sont ainsi fêtés tout au long des dix pistes que comporte l’album.

À l’automne, Kadavar part de nouveau en tournée sur le vieux continent avant de jouer en première partie d’Ozzy Osbourne à Oberhousen et de Scorpions à Ludwigsburg.

Fin 2018 sort l’album live in Copenhagen enregistré lors d’un concert.

Même si l’on peut regretter un manque d’originalité, Kadavar continue de faire vivre l’esprit des années 70 avec vaillance et passion. Dans le fond, comme dans la forme puisqu’ils respectent les techniques d’enregistrement d’époque. Un groupe authentique, dans une époque superficielle.

Source : Laut.de

Playlist Kadavar :

Kadavar, retour aux sources

Feine Sahne Fischfilet contre l’État

Aux débuts de Feine Sahne Fischfilet, l’Office fédéral de protection de la constitution, service de renseignement dont la mission est de surveiller les activités contraires à la constitution allemande, s’intéressait beaucoup au groupe en raison de son attitude anti-État. D’après l’organisation, Feine Sahne Fischfilet souhaite la dissolution des structures étatiques et voit la violence comme option légitime dans la confrontation avec son adversaire politique. Depuis, l’intérêt de l’Office fédéral a décru mais Feine Sahne Fischfilet ne s’est pas assagi, que ce soit dans sa musique ou dans ses textes.

Feine Sahne Fischfilet contre l’État
Au tout début, les textes étaient parfois sexistes. Depuis, les membres du groupe les ont eux-mêmes condamnés en mettant en avant le fait qu’ils étaient alors très jeunes.

Feine Sahne Fischfilet est un groupe punk originaire de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, une région de l’est de l’Allemagne où les néonazis font partie du paysage local. Le groupe naît en 2007 à l’école, parmi les supporters du club de football Hansa Rostock : Monchi, Tscherni, Köbi, Mäxer, Champ et Olaf. Dès le début, les textes sont très à gauche et s’attaquent à l’homophobie et au fascisme.

Parfois teintée de ska et de ballades littéralement pop, la musique de Feine Sahne Fischfilet est surtout un punk rock qui n’a rien de moderne. La musique est empreinte de colère, vient du cœur et est très engagée.

Les deux premiers albums sortent dans les milieux undergournd et pourtant, ils se vendent bien. Backstage Mit Freunden en 2009, puis Wut Im Bauch Und Trauer en 2010 sont indissociables musicalement mais proposent un punk qui déménage.

« Ce que nous faisons n’est pas de l’art, ce n’est pas pour la galerie, ce n’est pas pour la vitrine. Notre musique doit être un outil pour exprimer notre haine contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et l’État. » À ce titre, le groupe est considéré par le Land (les Länder sont les régions administratives en Allemagne) comme un groupe d’activistes d’extrême gauche s’attaquant au régime libéral-démocratique. En réponse, le groupe a remercié la région pour la publicité que lui confère le statut d’ennemi de l’État, publicité dont a bénéficié le troisième album sorti en 2012. Scheitern & Verstehen permet en effet de sortir le groupe de la confidentialité. C’est toujours du punk mais musicalement et textuellement, c’est plus travaillé.

Feine Sahne Fischfilet contre l’État
Antifasciste, le groupe se dresse contre le nazisme et s’efforce d’avertir que le nazisme, même moderne et proche des gens, n’est jamais que barbare et méprisant vis-à-vis de l’humanité.

Le groupe en profite pour organiser un concert antifasciste avec le soutien de Katharina König-Preuss, membre de gauche du Landtag (assemblée parlementaire).

Feine Sahne Fischfilet est régulièrement victime d’attaques de l’extrême droite et du gouvernement. En effet, il est arrivé plusieurs fois que les concerts du groupe soient annulés par les autorités pour risque de troubles à l’ordre public, comme en 2013 où le NPD (Parti national-démocrate, parti ultranationaliste) fait annuler la venue de FSF à la fête de la ville de Riesa. Les organisateurs du spectacle sont menacés, leur bus attaqué. Malgré tout FSF continue et n’hésite pas à prolonger sa tournée pour se produire sur une manifestation antinazie à Wolgast en 2012. « Vous voulez nous faire peur, vous n’y arriverez pas / Vous voulez nous faire taire, vous n’y arriverez pas », une déclaration que le groupe n’hésite pas à lancer à l’extrême droite, au pouvoir et à tous ceux auxquels ils ne plaisent pas.

En 2012, le groupe est nominé dans la catégorie meilleur espoir au VIA! Vut Indie Award. Un an plus tard, ils arrivent à la seconde place d’un concours organisé par le parti Die Linke (parti de gauche).

En 2014, ils assurent la première partie des Broilers pour quatre concerts à Hambourg, Leipzig, Bamberg et Rostock. Deux des concerts font l’objet de tentatives d’annulation par l’Office fédéral pour la protection de la constitution.

De janvier à avril 2015, le groupe donne une vingtaine de concerts en Allemagne, en Autriche et en Suisse, tous complets ou presque. La tournée a fait l’objet d’un reportage photos immortalisé par l’artiste de street art MAXimilian Ettl.

Finalement, à l’été 2014, le groupe se produit sur la scène des plus grands festivals allemands comme le Hurricane et Rock am Ring. S’ensuit une tournée avant la sortie du quatrième album en 2015. Bleiben oder Gehen montre une nouvelle évolution du groupe. La musique de Feine Sahne Fischfilet paraît plus intelligente, expérimentée et plus mature.

Feine Sahne Fischfilet contre l’État
« Ça a été un atout d’avoir une mère dentiste lorsque j’ai perdu les dents de devant à la suite d’une bagarre » Jan „Monchi“ Gorkow, chanteur.

En 2016, le groupe lance la campagne « Noch nicht komplett im Arsch » (pas encore complètement dans la merde) contre la montée de la droite dans le pays. Diverses actions sont mises en place dans de petites villes. Il s’agit d’amener les gens à se rencontrer et renforcer les liens afin de faire bloc contre la montée de la droite. Campino, chanteur des Toten Hosen se produit lors de l’une de ces manifestations devant près de 2 000 personnes. Cela n’empêche pas l’AfD (Alternative für Deutschland, parti d’extrême-droite) de faire 21% aux élections régionales de 2016. Mais pour les punkrockers, leur action est un succès : « Au-delà des enfoirés inquiets et des agitateurs, il existe encore des gens exceptionnels. » L’idée n’a jamais été de changer le résultat des votes mais plutôt de donner un sentiment de communauté et de soutien. « Noch nicht komplett im Arsch » remporte le prix de la campagne la plus originale au concours Popkultur en 2017.

En octobre 2017, Feine Sahne Fischfilet reçoit le prix VUT Indie Award. Mis aux enchères sur Ebay, les fonds récoltés par la vente de la statuette sont reversés à une organisation qui aide les réfugiés en Méditerranée.

Le 12 janvier 2018 sort le nouvel album du groupe, Sturm & Dreck, qui atteint la troisième place des ventes en Allemagne. Non seulement, FSF y conserve tout l’esprit punk, mais, plus encore, parvient à retranscrire sur disque la rage des concerts. Concrètement, et malgré sa présence régulière sur les grands festivals, FSF continue de se produire dans des petites villes, rien n’a changé pour Jan « Monchi » Gorkow et sa bande.

Le 3 septembre 2018, Feine Sahne Fischfilet se produit à Chemnitz. Sous la bannière « Wir sind mehr » (nous sommes plus nombreux), le concert qui réunit aussi Kraftklub, est organisé en réaction aux manifestations hostiles à la politique migratoire et appuyées par le mouvement PEGIDA (collectif anti-islam) puis par l’AfD.

Le 14 novembre 2018, la projection du documentaire Wildes Herz (film qui remporte plusieurs prix en 2017) réalisé par Charly Hübner (acteur dans La vie des autres – 2006) sur l’engagement du groupe contre la pensée d’extrême droite en Allemagne de l’Est doit être annulé à la suite d’une alerte à la bombe.

Feine Sahne Fischfilet contre l’État

Musicalement, Feine Sahne n’est peut-être pas indispensable, mais les actions que les membres du groupe mènent avec sincérité en font de véritables travailleurs sociaux chantants. Ils démontrent également que musicalement, le punk fonctionne toujours et ne sera probablement démodé que lorsque le système ne produira plus d’inégalités. Dans cette période trouble où les jeunes ont besoin de repères, Feine Sahne Fischfilet s’impose comme un modèle à suivre. À travers des chansons, presque des hymnes, le groupe chante sans détour la solidarité, l’euphorie, le doute, l’ennui, le combat politique. Son engagement sur la scène et dans la vie de tous les jours est si incontestable que les chansons et textes sont crédibles, inspirent, persuadent, incitent à la résistance.

Discographie :

2009: Backstage mit Freunden (Diffidati Records)
2010: Wut im Bauch, Trauer im Herzen (Diffidati Records)
2012: Scheitern & Verstehen (Audiolith)
2015: Bleiben oder Gehen (Audiolith)
2018: Sturm & Dreck (Audiolith)

Feine Sahne Fischfilet contre l’État

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale

Il est difficile de coller une étiquette sur Swiss & Die Andern tant leur musique traverse les genres : Hip hop, punk rock… Le groupe originaire de St. Pauli, le célèbre quartier populaire de Hambourg, s’éloigne radicalement de la scène mainstream, comme l’atteste par exemple l’un de leurs EP titré Wir gegen Die (Nous contre eux).

« Je ne veux pas faire de musique qui laisse les gens indifférents » dira Swiss et on peut dire que l’objectif est plutôt atteint, à la vue des petits scandales que le groupe suscite.

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale
Quand ils écoutent ma musique, je ne veux pas que les gens se disent « Ça ressemble à… ». Je veux qu’ils se disent « Ah, mais c’est Swiss ! »

Swiss est le fils d’un comédien suisse et d’une réalisatrice allemande. Dès son plus jeune âge, ses débuts à l’école sont difficiles et il est mis à l’écart. Celui qu’on appelle dans la cour de récréation « le Suisse », se voit diagnostiquer des troubles du déficit de l’attention et une hyperactivité. La seule réponse de la société pour lui est le traitement médicamenteux et la prescription de cachets.

Swiss décroche malgré tout son BAC et étudie ensuite les médias. Mais il ne reste pas longtemps à l’université et s’oriente très vite vers la musique, en commençant par le rap.

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale
« Les gens ont peur car ce monde tourne mal. Ils se cherchent mais ne trouvent que leur patrie. »

Tout en faisant face à des problèmes psychologiques personnels, Swiss sort en 2006 son premier album, Jeder Track Ein Hit (Chaque chanson est un tube), disponible gratuitement en téléchargement. Swiss y parle ouvertement de sa dépendance aux médicaments, il s’agit de montrer sans détour les conséquences de son traitement.

Un an plus tard sort Amoktape, le second album, qui comprend la chanson Der letzte Schultag (le dernier jour d’école), chanson qui fait l’objet de nombreuses critiques. En effet, le morceau raconte une tuerie perpétrée par un lycéen depuis le point de vue de ce dernier, en citant les raisons qui l’ont poussé à commettre l’impensable : « Vous me traitez de perdant et de monstre », « Seul à la récrée, seul à la maison », etc.

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale
Swiss écrit son nom de scène avec 3 six (6W†66), ce qui n’a pas de connotation sataniste mais fait simplement référence aux trois « S » présents dans son nom de scène. La philosophie du groupe tourne plutôt autour de la liberté, du rejet de toute autorité et du refus catégorique de suivre un prophète.

Tout en continuant les collaborations, Swiss sort trois nouveaux albums entre 2008 et 2013.

En 2014, Swiss prend de la distance avec le rap et retourne à ses racines « punk ». Dès lors, il se produit sur scène avec Tobias Gerth (batteur), Jakob Schulze (guitariste), Matze Grimm (bassiste) et le DJ Da Wizard. Naît alors le groupe Swiss & die Andern. La bande mélange dans ses chansons le punk et le rap, des textes poétiques attaquent de front une civilisation en déclin.

Swiss sort ensuite sous son propre label, Missglückte Welt, l’EP Schwarz Rot Braun (Noir, Rouge, Marron). Les couleurs sont une référence au drapeau allemand, la couleur or étant remplacée par celle, marron, du nazisme.

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale
« C’est la peur qui se vend le mieux à l’Ouest car les gens qui ont peur, ont besoin de l’argent des banques »

Le premier album sort en 2015. Grosse Freiheit (Grande Liberté) se positionne à la 44e place des ventes pendant que les clips de Vermisse Dich et Asche zu Straub tournent sur plusieurs chaînes de télévision.

2016 voit la sortie du second album, Missglückte Welt (Monde en déclin). Deux années plus tard sort le troisième album Randalieren für die Liebe (Soulèvement pour l’Amour) qui atteint, quant à lui, la seconde place des ventes. Les textes restent toujours très politiques mais la musique s’éloigne progressivement du rap pour embrasser le rock punk de manière plus radicale.

La musique de Swiss & die Andern est puissante, brute, entraînante, relevée par des refrains agressifs qui soulignent la haine du groupe envers le système. Swiss & die Andern se révèle sur scène même si une bonne partie de sa puissance scénique est parfaitement retranscrite dans ses albums. Les textes, qui proposent au public des analyses pertinentes de l’âme humaine, se permettent également de nombreuses réflexions qui font de Swiss & die Andern un groupe à connaître.

Discographie :
2014 : Schwarz Rot Braun (EP, Missglückte Welt / Soulfood)
2015 : Grosse Freiheit (Album, Missglückte Welt / Soulfood)
2016 : Missglückte Welt (Album, Missglückte Welt / Soulfood)
2017 : Wir gegen Die (EP, Missglückte Welt / Soulfood)
2018 : Randalieren für die Liebe (Album, Missglückte Welt / Soulfood)

Swiss & Die Andern, anti-système et sans étiquette musicale

Drangsal, un groupe des années 80

C’est dans les années 80s qu’apparaissent le post punk et le wave. Encore aujourd’hui, certains groupes se réclament de ce genre de musique comme Messer, Die Nerven ou encore… Drangsal.

Max Gruber, alias Drangsal est né le 4 août 1993 à Landau, au sud-est de l’Allemagne, près de la frontière suisse. Le nom de son groupe, Drangsal, vient de celui d’une maison spécialisée dans les enterrements à Landau. Il est parolier, chanteur et il maîtrise plusieurs instruments. La musique de Drangsal est imprégnée de post punk et de synthpop, la musique des années 80s. Ainsi, il s’inspira de ses groupes de jeunesse comme Marilyn Manson, Morrissey et Boyd Rice. « Morrissey et The Smith ont été, longtemps, incroyablement importants pour moi. », dit-il.

En septembre 2013, Drangsal met en ligne les vidéos de ses premières musiques Wolpertinger et Allan Align. Le clip de cette dernière chanson se fait remarquer dans les médias car c’est Jenny Elvers (une actrice allemande) qui y joue le rôle féminin.

C’est le 22 avril 2016 que sort son premier album, Harieschaim. Il produit son album avec Markus Ganter qui travaille déjà avec d’autres artistes comme Casper ou Tocotronic. L’une des musiques de Harieschaim tient son nom d’un endroit où les ancêtres de Max Gruber ont été assassinés.

À l’automne 2016, après une tournée en Allemagne, Autriche et Suisse, Drangsal reçoit un prix dans la catégorie « nouveau venu inattendu ». Un prix de la « culture du Pop ».

Drangsal, un groupe des années 80

En 2017, au Echoverleihung – une académie – il reçoit le prix de la critique grâce à son album Harieschaim.

Entre juin et juillet 2017, Gruber participe à l’émission de radio FluxFM : Praxis Dr. Angsal – die Musiksprechstunde mit Max Gruber (traduction : Le cabinet du Dr Angsal – une heure de musique avec Max Gruber). L’émission consiste à recevoir un invité, un docteur, un thème et des diagnostics sur ce thème.

Le deuxième album, Zores, sort en avril 2018 et est produit en partenariat avec Markus Ganter et Max Rieger. Ce dernier est un skieur alpin allemand. L’album atteint la douzième place du hit parade allemand et reçoit de bonnes critiques de la part des médias. Rolling Stone écrit par exemple que « Zores possède des mélodies clair-obscur, des paroles qui resteront dans l’esprit […]. Malgré tous les dangers, sa musique reste obstinée et hors d’accès. »

Drangsal est donc un homme qui se démarque des groupes d’aujourd’hui par sa musique qui cherche son inspiration dans le passé. Malgré cette différence avec les autres groupes actuels, Drangsal a facilement pu se faire une place sur la scène allemande.

Drangsal, un groupe des années 80